Crise du crédit : de la croyance à la confiance

L’« arbre » est tombé avec fracas, alors qu’il semblait promis à monter jusqu’au ciel… Je veux parler de cet arbre tentaculaire du crédit débridé, principal moteur de l’économie matérielle conquérante, et dont on disait encore juste avant sa chute qu’il était fondé sur la confiance…

L’arbre brisé du « crédit-croyance », premier pas pour le crédit-confiance ?

S’il faut hiérarchiser les différents « bienfaits » de cet effondrement, je choisis sans hésiter la clarification enfin nette qu’il opère entre l’hypothèse classiquement correcte du crédit-confiance, et la réalité plus prégnante et effective du crédit-croyance.

Répéter sans plus y réfléchir, que « le crédit, c’est la confiance ! » fut très utile à tous les zélateurs de l’expansion économique incontrôlée et supposée sans limite. Le refrain faisait croire à l’existence d’un lien clair, négocié et finalement positif entre créanciers et débiteurs. Si un tel lien a pu être observé dans l’histoire économique, il s’est singulièrement réduit au fil du développement. D’ailleurs, l’étymologie du terme de « crédit » ne nous conduit pas à « fiducia » (la confiance) mais à « credo » ou « credere » (croire).

Croire au crédit ?

Ce à quoi nous venons d’assister est une formidable démonstration du fait que le crédit, particulièrement lorsqu’il connaît un développement « industriel », ne peut qu’être arrimé à la « croyance ». Le crédit qui s’emballe ne peut le faire que par la croyance qui court… en ne croyant plus en rien !

Mais de quelle croyance s’agit-il exactement ? De celle dans les possibilités de remboursement réel des débiteurs ? La majorité des créanciers réalistes n’y a jamais cru. Alors ? C’est plutôt la croyance dans l’idée que le mécanisme ne s’arrêtera jamais, étant au cœur d’une machine que nul ne peut freiner et a fortiori stopper… Par de nouveaux crédits qui viendront toujours rembourser les anciens, l’ensemble des acteurs se doit d’être acquis à cette croyance, ou plutôt les acteurs ne peuvent qu’y croire… C’est la condition pour que le jeu continue.

Le jeu a en effet continué… Trop longtemps pour ne pas entraîner les dégâts colossaux que le monde subit aujourd’hui. Mais une chose est claire : chacun sait maintenant que le crédit tel que nous l’avons pratiqué à grande échelle n’a rien à voir avec la confiance. La crise financière a mis un terme à l’axiome du crédit-confiance. Et la voie est maintenant ouverte pour que l’effondrement de l’arbre du crédit-croyance ne reproduise pas nécessairement de nouvelles pousses identiques.

Refonder le crédit

Je sais que les sceptiques en doutent, mais nous sommes contraints d’inventer d’autres manières de faire. Construire enfin des lianes de crédit-confiance, voilà une tâche engageante ! Si seulement nous commencions par mettre à l’honneur le simple échange avec ceux qui peuvent nous prêter de l’argent… D’abord rencontrer son banquier ; trouver en face de soi un être humain et non une somme de machines interconnectées et de process, dont notre interlocuteur est l’esclave… Parler librement et normalement ; proposer des pistes, négocier sainement les prix… Le crédit-confiance ne peut naître que d’un échange réel retrouvé. Et donc de la remise à sa juste place du machinisme financier.

Mais, plus profondément, la confiance n’est pas de l’ordre de l’économie matérielle. C’est un produit noble, un bien dont la vie et le développement dépendent d’une autre économie, celle de la relation positive. Si l’on imagine que la confiance, qui est aujourd’hui invoquée et rabâchée à tout propos, puisse être dépendante du seul intérêt matériel, on fait fausse route. On se condamne à des « ersatz », à des simulacres de confiance.

La confiance réelle trouve en elle-même ses raisons d’exister : dans la qualité et la valeur partagées de la relation qui se noue et se transforme au fil du temps. Lorsqu’il en est ainsi, et l’investissement pour y parvenir est considérable, on peut en attendre éventuellement des résultats matériels. Ces aboutissements matériels ne sont qu’une conséquence parmi d’autres et ne peuvent être en aucun cas l’objectif de l’archétype du bien immatériel qu’est la confiance.

Le travail à produire pour parvenir à créer de la confiance véritable est immense. Les « facteurs de production » d’un tel bien ne sont ni plus abondants, ni plus rares que ceux qui permettent la production des biens matériels. Mais l’environnement est bien moins agressé lorsqu’ils sont mis à contribution ! De ce côté-là nous ne sommes plus devant l’arbre qui tombe avec fracas, mais au cœur des jeunes pousses d’une forêt qui ne demande qu’à s’étendre.

Pour aller plus loin : Pour l’économie de la relation